19.09

15.11.20

We

Are

Serious

Vernissage: sam 19 Sep
16h — 20h

We Are Serious, Group Show, Lemme Art Contemporain

Exposition collective

Giovanna Belossi, Steve DiBenedetto, Jérôme Hentsch, Louise Lawler, Sherrie Levine, Denis Savary, Anouk Tschanz 

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The fifty-six-year-old American poet, a Nobel Laureate, a poet known in American literary circles as « the poet’s poet » or sometimes simply « the Poet », lay outside on the deck, bare-chested, moderately overweight in a partially reclined deck chair, in the sun, reading, half supine, moderately but not severely overweight, winner of two National Book Awards, a National Book Critics Circle Award, a Lamont Prize, two grants from the National Endowment for the Arts, a Prix de Rome, a Lannan Foundation Fellowship, a MacDowell Medal, and a Mildred and Harold Strauss Living Award from the American Academy and Institute of Arts and Letters, a president emeritus of PEN, a poet two separate American generations have hailed as the voice of their generation, now fifty-six, lying in an unwet XL Speedo-brand swimsuit in an incrementally declinable canvas chair on the tile deck beside the home’s pool, a poet who was among the first ten Americans to receive a “Genius Grant” from the prestigious John D. and Catherine T. MacArthur Foundation, one of the only three American recipients of the Nobel Prize for Literature now living, 6’8’’, 181 lbs., brown/brown, hairline unevenly recessed because of the inconsistent acceptance/rejection of various Hair Augmentation Systems-brand transplants, he sat, or lay ­– or perhaps most accurately just “reclined” – in a black Speedo Swimsuit by the home’s kidney-shaped pool, on the pool’s tile deck, in a portable deck chair whose back was now reclined four clicks to an angle of 35° w/r/t the mosaic tile, at 10:20 A.M. on 15 May 1995, the fourth most anthologized poet in the history of American belles lettres, near an umbrella but not in the actual shade of the umbrella, reading Newsweek magazine, using the modest swell of his abdomen as an angled support for the magazine, using the modest swell of his abdomen as an angled support for the magazine, also wearing thongs, one hand behind his head, the other hand out to the side and trailing on the dun-and-ochre filigree of the deck’s expensive Spanish ceramic tile, occasionally wetting a finger to turn the page, wearing prescription sunglasses whose lenses were chemically treated to darken in fractional proportion to the luminous intensity of the light to which they were exposed, wearing on the trailing hand a wristwatch of middling quality and expense, simulated-rubber things on this feet, legs crossed at the ankle and knees slightly spread, the sly cloudless and brightening as the morning’s sun moved up and right, wetting a finger not with saliva or perspiration but with the condensation on the slender frosted glass of iced tea that rested now just on the border of his body’s shadow to the chair’s upper left and would have to be moved to remain in that cool shadow, tracing a finger idly down the glass’s side before binging the moist finger idly up to the page occasionally turning the pages of the 19 September 1994 edition if Newsweek magazine, reading about American health-care reform and about USAir’s tragic Flight 427, reading a summary and favorable review of the popular nonfiction volumes Hot Zone and The Coming Plague, sometimes turning several pages in succession, skimming certain articles and summaries, an eminent American poet now four months short of his fifty-seventh birthday, a poet whom Newsweek Magazine’s chief competitor, Time, had once rather absurdly called “the closest thing to a genuine literary immortal now living, “ his shins nearly hairless, the open umbrella’s elliptic shadow tightening slightly, the thongs’ simulated rubber pebbled on both sides of the sole, the poet’s forehead dotted with perspiration, his tan deep and rich the insides of this upper legs nearly hairless, his penis curled tightly on itself inside the tight swimsuit, his Vandyke neatly trimmed, an ashtray on the iron table, not drinking his iced tea, occasionally clearing his throat at intervals shifting slightly in the pastel deck chair to scratch idly at the instep of one foot with the big toe of the other foot without removing his thongs or looking at either foot, seemingly intent on the magazine, the blue pool to his right and the home’s sick flask sliding rear door to his oblique left, between himself and the pool a round table of white woven iron impaled at the center by a large beach umbrella whose shadow now no longer touches the pool, an indisputably accomplished poet, reading his magazine in his chair on his deck by his pool behind his home. 

David Foster Wallace


Le poète américain, cinquante-six ans, prix Nobel, connu dans les cercles littéraires américains comme « le poète des poètes » ou parfois simplement « le Poète », était dehors sur la terrasse, torse nu, quelques kilos en trop, dans une chaise longue partiellement inclinée, au soleil, en train de lire, à moitié allongé, quelques kilos en trop, pas plus, récipiendaire de deux National Book Awards, d’un prix du National Book Critics Circle, d’un prix Lamont, de deux bourses du National Endowment for the Arts, d’un prix de Rome, d’une bourse de la Fondation Lannan, d’une médaille MacDowell et d’un Mildred and Harold Strauss Living Award décerné par l’American Academy and Institute of Arts and Letters, président émérite du PEN, un poète que deux générations successives d’Américains avaient salué comme la voix de leur génération, cinquante-six ans maintenant, en slip de bain Speedo, sec taille XL, dans un chaise longue en toile à inclinaison réglable, sur la terrasse carrelée de la piscine de son jardin, l’un des dix premiers Américains à recevoir un Genius Grant de la prestigieuse fondation John D. and Catherine T. Mac Arthur, l’un des trois seuls lauréats américains encore en vie du prix Nobel de littérature, 1m77, 82kg, marron/châtain, le front inégalement dégarni suite à la tolérance ou au rejet capricieux de divers implants Hair Augmentation Systems, assis, ou allongé – ou peut-être, pour être plus exact, juste étendu -, en slip de bain Speedo noir au bord de la piscine en forme de haricot du jardin, sur la terrasse carrelée, dans une chaise longue pliable dont le dossier était présentement incliné au quatrième taquet pour former un angle de trente-cinq degrés avec le sol en mosaïque de la terrasse, à 10h20 le matin du 15 mai 1995, le quatrième poète le mieux représenté en anthologie de toute l’histoire des lettres américaines, près d’un parasol mais non pas dans l’ombre dispensée par celui-ci, en train de lire Newsweek, le magazine calé contre la modeste colline de son ventre, chaussé de tongs, une main derrière la nuque, l’autre qui pendait sur le côté et suivait le filigrane ocre et brun du luxueux carrelage en céramique espagnole de la terrasse, mouillant un doigt de temps à autre pour tourner la page, protégé par des lunettes de soleil à sa vue dont les verres traités chimiquement s’assombrissaient par paliers à proportion de la luminosité, au poignet mobile une montre de qualité et de valeur médiocres, aux pieds des tongs en caoutchouc de synthèse, jambes croisées aux chevilles et genoux légèrement écartés, sous le ciel sans nuages qui s’éclaircissait à mesure que le soleil montait et progressait vers l’ouest, humectant un doigt non pas avec sa salive ou sa sueur mais avec la condensation qui couvrait l’étroit verre givré de thé glacé encore à la lisière de l’ombre formée par son corps à gauche du dossier de la chaise longue et qui devrait être déplacé pour rester dans la fraîcheur, promenant le long du verre un doigt paresseux avant de le ramener humide et paresseux sur le magazine, tournant de temps à autre les pages du numéro du 19 septembre 1994 de Newsweek, s’arrêtant sur la réforme du système américain de Sécurité sociale et sur le sort tragique du vol 427 d’USAir, sur la brève critique positive des deux essais à succès Hot Zone et The Coming Plague, tournant parfois plusieurs pages à la suite, survolant certains articles et brèves, un illustre poète américain à quatre mois de son cinquante-septième anniversaire, un poète que le concurrent direct de NewsweekTime, avait un jour de manière assez absurde appelé « notre plus sérieux prétendant vivant au titre de génie immortel », les tibias presque glabres, près de l’ombre en forme d’ellipse du parasol ouvert qui se resserrait lentement, le caoutchouc de synthèse de ses tongs texturé des deux côtés de la semelle, le front semé de gouttes de sueur, le bronzage dense et cuivré, l’intérieur des cuisses presque glabre, le pénis pelotonné dans l’étroit slip de bain, le bouc soigneusement taillé, un cendrier sur la table en métal, dédaignant son thé glacé, s’éclaircissant la gorge de temps à autre, remuant à peine sur la chaise longue pastel pour se gratter négligemment le cou-de-pied du gros orteil sans ôter les tongs ni regarder aucun des deux pieds, en apparence concentré sur le magazine, à sa droite la piscine bleue, à sa gauche, en diagonale, la baie vitrée coulissante en verre épais qui donnait sur le jardin, entre la piscine et lui une table ronde en fer forgé blanc percée d’un grand parasol de plage dont l’ombre ne touchait plus l’eau, un poète au sommet de son art, incontestablement, en train de lire un magazine dans une chaise longue sur la terrasse de la piscine derrière sa maison.

David Foster Wallace


Traduction française, Julie et Jean-René Etienne

Image, Ad Reinhardt, PM Newspaper, March 10, 1946